Centre interuniversitaire d'étude sur la République des Lettres

Université Laval
Mosaïque

Historicités et généalogies

Historicités et généalogies aborde la République des lettres par l’analyse des régimes d’historicité qui la traversent et la structurent de la fin du XVe siècle au tournant des Lumières et du romantisme, par quoi il faut entendre les diverses façons dont une communauté donnée s’inscrit dans le temps et se définit par les rapports qu’elle instaure avec le passé, le présent et le futur. Penser le rapport de la République des lettres au temps, c’est aussi donner à penser la genèse des concepts, des formes, des pratiques, et inviter à envisager leurs transformations dans et par le temps.

Projets, groupes et réseaux dirigés par des membres du CIERL

  • Les paradoxes de l'invention. Régimes d'historicité et régimes de discursivité au siècle des Lumières
    Responsable :
    Marc André Bernier (UQTR)
    Co-chercheurs :
    Thierry Belleguic (U. Laval), Daniel Dumouchel (UdM)
    Ce projet (CRSH 2007-2010) propose d'étudier comment, au XVIIIe siècle, les Républicains des lettres ne dissociaient pas leur allégeance aux Anciens des ambitions d’une modernité se donnant pour tâche de délier l'humanité de ses anciennes servitudes ; comment, en d’autres termes, ils entretenaient avec leurs interlocuteurs du passé une relation fondée sur un réseau de sympathies électives, où expériences anciennes et interrogations présentes devenaient les conditions nécessaires à l'invention d’œuvres nouvelles. Organisé par Belleguic, le colloque international « L’appel de l’événement. Les histoires de Paris (XVIe-XVIIIe siècles) » (Québec, automne 2010) examinera les figurations de l'historicité dans la mise en récit de Paris (urbanisme, architecture, littérature, iconographie, etc.). Un colloque international dirigé par l'ensemble des chercheurs à l'hiver 2010 offrira l’occasion d’une synthèse du projet autour de la notion de « régime d'historicité ».

  • Les singuliers de Saint-Simon
    Responsable :
    Frédéric Charbonneau (U. McGill)
    Spécialiste des mémorialistes du Grand Siècle, Frédéric Charbonneau s’attachera dès 2009 à l'étude de la structure de la sensibilité historique chez Saint-Simon (CRSH).

  • Entre physique et métaphysique: l’individu chez Spinoza
    Responsable : Syliane Malinowski-Charles (U. Sherbrooke)
    Cette recherche (CRSH, 2009-2012) s’interroge sur ce qui constitue le principe d’individuation chez Spinoza. La définition de l’individu chez Spinoza, donnée sur le plan de la physique (Éthique II, Prop. 13, Déf.), semble pouvoir être lue sous les deux angles à la fois. Spinoza énonce en effet deux conditions au choix pour que, à propos d’un semble de corps, on puisse parler d’un seul « individu », c’est-à-dire d’un corps unique. La première, qui est que plusieurs corps soient contraints par d’autres (a reliquis coercentur) à être associés ensemble, relève de la mécanique cartésienne et galiléenne. Selon cette conception, est « un » le corps dont les parties : 1) occupent un espace uni, et 2) sont dans un mouvement synchrone, ce qui peut fort bien se faire sous l’effet de pressions externes. La seconde, en revanche, permet de désigner comme un individu ou être unique tout ensemble de corps qui se communiquent un mouvement commun les uns aux autres, ce qui laisse la possibilité que le corps individuel soit le produit d’une puissance interne d’unification du mouvement d’ensemble. Cette définition anticiperait donc la notion de conatus qui ne sera pourtant introduite que dans la troisième partie de l’Éthique, et dans un contexte non physique. Spinoza a-t-il proposé une voie nouvelle pour le XVIIe siècle permettant la coexistence des positions pourtant apparemment mutuellement exclusives du mécanisme (où règne, à travers la loi des chocs, l’idée que la force est externe aux corps) et de la puissance interne du conatus, qui relève de la métaphysique? Plus foncièrement, cette conciliation est-elle seulement possible, et si elle ne l’est pas, quelles failles cela crée-t-il dans le système spinoziste ?